Labourer in Australia

Labourer in Australia

A force de rencontres et de discussions sur le chemin pour Port Hedland (cf. La ville rouge), nous avions décidés de tenter notre chance dans cette ville, qui d’après ce qu’on nous racontait pourrait nous permettre de renflouer facilement nos caisses. Après ma malchance (cf. $$Job wanted$$) pour trouver du travail et étant donné que Brunehilde avait déjà eu 2 boulots (cf. Mon premier job en Australie & A la plonge) depuis le début de notre voyage, je n’avais pas d’autres choix que de trouver vite n’importe quel emploi.Au début notre plan était de se donner 1 à 2 semaines pour trouver quelque chose et si rien ne se présentait de partir directement pour faire du fruit picking à Kununurra.

Chance insolente et remise en question

Après avoir imprimé des CV nous nous mettons vite à la recherche de job chacun de notre côté dans les cafés, les magasins et les campings situés principalement à South Hedland. Après une heure, nous nous retrouvons pour faire le point, et comme de coutume Brune m’annonce qu’elle a trouvé un boulot de waitress barista (cf. Barista style) avec un seul CV et ceci dès sa première demande.

Content pour elle et pour nos caisses communes, je me démotive cependant assez vite suite à tous ces refus que je prends. De peur de me retrouver encore le seul sans emploi je redouble d’efforts dans mes recherches et je persiste pendant une semaine avant de changer totalement de tactique.

En effet la plupart des gens ici travaillent soit pour BHP, soit dans la construction. Vu qu’il est très compliqué voir impossible de bosser dans les mines pour un backpacker, je m’oriente rapidement vers le second choix et décide de passer ma White Card. C’est une petite formation en ligne de plusieurs heures sur la sécurité et qui est obligatoire pour travailler sur les chantiers. Je m’acquitte donc de la somme dû et après 2 jours j’obtiens le fameux sésame.

Pretty pool à la rescousse

Tous les soirs nous allons à Pretty Pool pour la douche et nous faisons connaissances avec d’autres backpackers. Je demande à plusieurs personnes comment ils s’y sont pris pour trouver du travail et on me conseille en permanence de taper la pancarte à Wedgefield. En clair de faire un grand panneau et me placer à l’entrée de la zone industrielle de Port Hedland. J’hésite un peu au début et je décide finalement de me lancer.
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Pendant une semaine j’y suis donc allé tous les matins de 5 à 7 en attendant qu’une âme charitable me propose du boulot. Au début l’experience n’est pas évidente car les voitures passent en regardant de manière pas toujours amicale. Je n’y prête pas attention car plusieurs personnes s’arrêtent et me donnent des conseils et c’est au bout d’une semaine qu’un chauffeur m’indique un chantier à South Hedland où il cherche urgement du personnel.

Forrest Circle

Je suis donc les indications que l’on m’a donné et je demande à parler à Sid sur le chantier de Forrest Circle, un immeuble de 5 étages en pleine construction. Il me recoit et me précise qu’il recherche un labourer pour commencer immédiatement. Il regarde mon CV et me dit qu’il est intéressé. Le salaire est de 33$ de l’heure à raison de 12 heures par jour et 7/7. Cependant je ne peux pas commencer immédiatement car le boss (Mark) est en voyage en Espagne et il doit d’abord s’entretenir avec lui. Au moment de se dire au revoir il me dit d’attendre car le fameux Mark l’appelle justement sur son téléphone. Après 10 minutes de conversation il revient vers moi, hésite 30 secondes et me dit : « Let’s work! ». 😀

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Je commence donc aussitôt comme labourer. Le travail est très simple, il s’agit de porter des planches, de pousser des brouettes, de balayer, de vider les poubelles… En clair de faire tout ce que les gens sur le chantier ne veulent pas faire. C’est fatigant et peu valorisant comme travail mais en 3 mois je ne me suis pas senti une seule fois mis à l’écart. L’ambiance est sympathique et tout le monde me parle avec respect et sans aucune distance dû à mon statut de français qui ne comprend pas tout.

Très vite je suis rejoints par d’autres compatriotes qui resteront avec moi pendant la majeure partie du temps et grâce à qui le temps passera plus rapidement. Merci à Steven, Stan, Ludo, Jo et Sami de m’avoir supporté pendant tout ce temps!!!

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Le rythme de 12 heures par jour, 7 jour sur 7 est dur à tenir, mais sachant que je suis ici uniquement pour faire rapidement de l’argent je l’accepte volontiers. Au final je demandais quand même un dimanche sur deux de repos pour pouvoir récupérer un peu car l’argent qui rentre fait plaisir mais je ne suis pas non plus venu en Australie pour m’epuiser à la tâche.

Au début le travail était particulièrement fatigant car il fallait en permanence soulever des plaques de plâtres, monter des échafaudages et faire toutes sortes de tâches plus épuisantes les unes que les autres mais au fur et à mesure la charge de travail diminuera et sera de moins en moins lourde.

Un supervisor hors du commun

Sid est d’origine serbo-russe et travaille comme superviseur depuis 7 ans. Avant il travaillait dans les mines pour BHP où il se faisait plus de 1000$ par jour mais a decidé de changer de vie en venant travailler avec Mark. Son plan de vie future est très simple, c’est à dire être suffisamment riche pour prendre sa retraite dans 3 ans quand il en aura 40!!!

C’est une drôle d’expérience que de travailler avec lui de par sa personnalité. En effet il passe son temps à trouver des surnoms aux gens (pour moi c’était Gildas Nicaragua ou l’indémodable Gildasse), à inventer des chansons sur les prénoms de ses collègues (Gildas I like you, Gildas talalala…), et évidement à chambrer en permanence. Un de ses films préférés est Borat et donc dès qu’il me croisait j’avais le droit à: « Gildas your are niiice » ou « This is my sister. Number one prostitution ». Bien sûr avec l’accent et ce 10 fois par jour.

Un après-midi il m’apelle en criant car il a quelque chose d’urgent àà me faire faire. Il doit emmener Mark à l’aéroport et doit me montrer en urgence comment utiliser l’énorme tracteur avec un bras télescopique pour bouger les palettes. Il m’apprend donc en deux minutes à quoi sert chaque bouton et me dit qu’il doit me laisser. Pas trop rassuré je lui demande ce que je dois déplacer. Il me répond avec un grand sourire : « Mais rien du tout, amuse toi! ». J’ai donc passé la dernière heure à jouer avec le tracteur accompagné de Steven et Ludo…

Malgré toutes ces extravagances travailler avec lui aura été une super expérience et parfois on pouvait parler de sa vie et de la difficulté de travailler en fly in fly out.

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Un mode de travail particulier

Le fly in fly out est une facon très particulière de travailler que l’on ne retrouve qu’en Australie. Le principe est simple, les workers prennent un avion pour aller travailler dans une ville, restent 4 semaines et rentrent une semaine en vacances chez eux. C’est très bien payé et cela permet d’avoir une semaine de repos par mois. Les villes comme Port Hedland utilisent ce mode de travail car la ville est peu accueillante et au milieu de rien donc peu attractive pour les familles. Les ouvriers viennent seuls et séjournent dans des camps de workers où ils ont tout de pris en charge. Tout cela à l’air super en théorie mais dans la pratique c’est totalement différent. En effet la plupart du temps ils doivent rester 4 semaines sur le chantier avant de repartir mais dans les faits c’est plus compliqué car les chantiers prennent du retard, la chaleur et la moiteur ralentissent le rythme du travail et la solitude pèse lourdement sur le moral des troupes. Ils peuvent donc rester parfois 3 mois au même endroit, rentrer 1 semaine et repartir pour plusieurs mois. Résultat beaucoup rentrent en dépression, le nombre de suicides posent un vrai problème et l’alcoolisme et la consommation de drogue explosent. En seulement 3 mois j’ai vu des hommes changer totalement de comportement et se braquer dès qu’on leur parlait de leur famille et de ce mode de vie.

Is’nt it?

Dès mon arrivée sur le chantier j’ai prévenu que mon anglais n’était pas parfait loin de là et que je ne connaissais quasiment aucun nom d’outil en anglais. On m’a tout de suite répondu de ne pas m’en faire à ce sujet car ils prendraient le temps de tout m’expliquer si nécessaire. Au fur et à mesure des semaines ma compréhension s’est grandement améliorée ainsi que mon expression. Je ne pensais pas faire autant de progrès en anglais sur un chantier mais ce fût bien le cas et j’en suis très content. Les discussions étaient souvent très primaires au début, puis se sont développées au fur et à mesure pour devenir quasi normales, bien sûr pas aussi fluide qu’en français mais c’est déjà une grande étape pour moi. Je me souviens particulièrement des conversations avec Craig, un électricien qui devait avoir une petite cinquantaine et avec qui nous avons pu parler de son enfance en Australie et échanger sur pleins d’autres sujets (pour moi une rencontre très marquante).

Un bilan?

Pleins de bonnes choses ressortent pour moi de cette expérience. Rien que le fait d’avoir pu trouver un travail sans l’aide de personne. L’amélioration de mon anglais, autant dans la compréhension que dans l’expression. La découverte d’un mode de travail qui n’existe qu’ici. Bien sûr toute cet argent amassé qui va nous permettre de voyager sans nous soucier du porte-monnaie. Mais ce qui ressort pour moi avant tout ce sont toutes ces rencontres que j’a pu faire et toutes ces discussions que j’ai pu avoir qui m’auront rendu plus que riche.

Comments

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7 commentaires

  1. J’ai pris du retard dans la lecture de votre blog, il va me falloir un peu de temps pour rectifier cela étant donné le nombre de chose qui vous arrive ! Continuez à nous faire voyager, bises

  2. Une expérience enrichissante,dans tous les sens du terme!!!

  3. De belles expériences, de belles rencontres.. ca fait tellement plaisir de vous lire!

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