Barista Style

Barista Style

A peine arrivés à Port Hedland (cf. La ville rouge), nous nous sommes mis en recherche d’un emploi. South Hedland avec son centre commercial nous permettait de concentrer nos premières recherches en un seul et même endroit. Nous commençons d’abord par un petit tour par la bibliothèque pour imprimer quelques CV. Gildas me dit pour rigoler que je n’ai besoin d’en imprimer qu’un seul car de toute façon je trouverais du premier coup! (cf. A la plonge) Je pense en moi-même que cette fois-ci avec le peu de motivation dont je dispose, les choses risques d’être un peu plus compliquée!!

Une chance insolente

C’est pourtant armés de nos documents, que nous nous souhaitons bonne chance et nous séparons pour entamer nos recherches. Trainant des pieds, je me dirige vers le centre commercial, où je suis suppposée écumer tous les restaurants, les cafés et fast-food, pourtant peu nombreux, de la ville. Je me balade d’abord pour faire un repérage des lieux avant de commencer à distribuer mes CVs lorsque je tombe nez-à-nez sur un ancien collègue de fundraising (cf. Mon premier job en Australie). Très heureuse et étonnée de le voir à Port Hedland, nous discutons pendant un bon moment, échangeons nos numéros de téléphone et nous promettons de nous revoir très bientôt. Remotivée par cette rencontre, c’est cette fois-ci avec le sourire aux lèvres que je suis rentrée dans le premier café qui se trouvait sur ma route pour demander s’ils recherchaient du personel, « Café Maison« .

A ma demande, la manager du café est venue à ma rencontre. Nous avons su toutes les deux en un clin d’oeil que nous nous entendrions bien. Le feeling passe tout de suite entre nous, elle est jeune, souriante, énergique, s’appelle Charlotte et est surnommée Char. Nous entamons une discussion animée, où nous parlons de mes expériences et inexperiences d’ailleurs! Elle est à la recherche d’une serveuse que serait également « barista » un terme qui n’a pas vraiment d’équivalent en français et qui désigne la personne qui fait les cafés. Je lui dit que je n’ai pas d’expérience là-dedans mais que j’apprends vite. Je lui avoue également que mon anglais n’est pas parfait. Elle me rassure sur ces points en me disant que si elle me comprend les clients le pourront aussi et qu’elle m’apprendra le métier de barista. Elle me dit qu’elle a beaucoup de candidatures mais qu’elle souhaite me donner ma chance car elle a un « good feeling about me ». Sur ce Charlotte me donne donc la place et rendez-vous le lendemain à 9h.

Je sors du café et rejoins Gildas qui n’en revient pas. Il pense d’abord que je plaisante et s’aperçoit vite qu’une fois encore ma chance insolente a frappée! Désormais plus question de quitter Port Hedland!

Des débuts difficiles

Le lendemain j’arrive donc pour faire mon essai, Charlotte m’avait prévenue que je ne travaillerais qu’une heure seulement pour voir si je serai capable de tenir la caisse. Seulement ce qu’elle n’avait pas prévue c’est qu’elle et toute son équipe seraient débordées. Je suis rentrée directement dans « le jus » et au lieu d’une c’est quatre heures que j’ai passé à courir partout pour distribuer les cafés, les plats et prendre quelques commandes. Tout c’étant bien déroulée, Charlotte me donne mon planning pour la semaine et me demande tous les papiers pour régulariser ma situation.

Au fur et à mesure, je découvre l’équipe : Keely, la « supervisor » australienne, seconde de Charlotte qui elle est anglaise immigrée en Nouvelle Zelande puis en Australie depuis de nombreuses années, Alice, vietnamienne l’aide cuisine, Lila, australienne la cuisiniere en chef, et Max, un francais qui avait tous les rôles a la fois : de celui de second chef au rôle de plongeur.

Les deux premières semaines sont difficiles avec toutes ses nouvelles choses à assimiler : tenir la caisse, prendre les commandes, préparer les cafés, gérer le stress, servir et déservir les tables. Les clients sont extrèmement plus difficiles à comprendre que je ne l’imaginais. L’accent du coin est fort et des nombreuses expressions et contractions me sont encore inconnues : du genre « Mugaccino » qui désigne un cappucino dans un mug ou encore « skinnyccino » soit un cappucino avec du lait écrèmé.

De plus, l’assimilation du métier de barista n’est pas aussi aisé qu’il n’y parait. Apprendre un nouveau métier en français c’est déjà dur, mais dans une langue que l’on ne maitrise pas parfaitement, le challenge est d’autant plus complexe. Un malentendu peu rapidement être problèmatique! Et puis, il y a manière dont nous vivons, nomades dans la ville, qui au début est dure à combiner avec un boulot et les 50 heures qui vont avec. Charlotte a beau faire preuve de beaucoup de patience, je le vois bien, elle est exécedée par mes erreurs. Au bord de la démission pour ma part, et à deux doigts de me virer de son côté, nous nous asseyons autour d’une table et avons une discussion sur la suite de notre collaboration. Je décide de m’accrocher car le challenge est de taille et de son côté Char décide de me laisser une chance malgré le fait que presque chaque jour de nouvelles filles viennent postuler au poste de serveuse. Après cette discussion qui restera mémorable pour elle comme pour moi je pense, dès le lendemain les choses s’arrangent et mes erreurs sont de moins en moins nombreuses.

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Une équipe en or

Au fur et à mesure, je trouve ma place est devient enfin efficace. Char, Keely et moi, sommes trois à pouvoir tourner et changer de poste. Nous prenons et encaissons les commandes des clients, nous faisons les cafés de l’Expresso au Cappucino en passant par le Latte et le Macchiato et bien d’autres encore, servons les commandes, débarassons les tables des clients et parfois aidons à la préparation des sandwiches. Mais moi, mon poste préféré est celui de barista. Les australiens sont friands de café à tout heure de la journée : à emporter le matin, après le repas le midi et à déguster l’après-midi. En une journée nous faisons en moyenne entre 200 et 300 cafés par jour.

Avec le temps, ma compréhension des clients s’améliore grandement et les habitués commencent à me connaitre et à discuter avec moi.

Même si l’équipe évolue souvent, il reste le noyau dure de Café Maison – Charlotte, Keely et Alice. Keely qui s’est occupée de me former sur la réalisation des cafés, m’apprend désormais à réaliser des dessins avec la mousse de lait. Elle tente de me livrer tous ses secrets et astuces avec patience et bienveillance. Alice, quant à elle, est une vraie mère pour moi, elle me couve et ne cesse de me donner des conseils, de me préparer des croissants fourrés, des sandwiches, des sodas et des salades…etc. Résultat, j’ai pris 5 kilos!

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En revanche, mes relations avec Charlotte s’amplifient et nous tendons vers une amitié difficile à gérer. En effet, le fait qu’elle soit mon manager bien que nous ayons à peu près le même âge (pour dire la vérité, elle est plus jeune que moi!) est parfois dur à porter pour elle comme pour moi. Et nos deux mauvais caractères provoquent parfois des étincelles qui finissent toujours par s’éteindre bien sûr!

Au vue de l’existence du café (6 mois), je commence moi aussi à faire parti des meubles. En effet, le premier à partir fût Max, mais beaucoup ont suivi après lui et l’équipe se renouvelle souvent. Il faut dire que tout n’est pas rose dans la gestion du restaurant et les salaires laissent à désirer pour un endroit comme Port Hedland qui est, je vous le rappelle, une des cinq ville au monde où les salaires sont les plus élévés.

J’ai moi-même hésité bien des fois à changer de job pour trouver quelque chose de mieux rémunéré, la pression et mes régulières disputes avec Charlotte étant difficiles à gérer. Mais deux points m’ont décidés à rester, trois pour être honnête.

Le premier est car la restauration permet d’être en contact directe avec la clientèle et pouvoir améliorer son anglais, ce qui n’ai pas le cas d’autres jobs comme le cleaning par exemple. La seconde est parce que j’étais très attachée à mon équipe, et enfin car repartir dans une recherche de travail ne tentait absolument pas! On sait ce qu’on laisse mais on ne sait pas ce qu’on retrouve. Sachant que Gildas gagnait très bien sa vie et satisfaite de mes 22$ de l’heure, cela suffisait amplement à mes yeux.

Au final, je suis restée presque 4 mois dans ce café où j’ai eu des hauts et des bas, mais je garde un très bon souvenir de cette période, et n’en garde que le meilleur et les rencontres que j’y ai faites. Plus que des collègues, je pense dire que je me suis fais des amies. Je pars en sachant que mon passage n’a pas laissé tout le monde indifférent, et ça c’est déjà un très beau cadeau !

Comments

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13 commentaires

  1. Merci du compliment « quelqu’un »…

  2. Merci beaucoup, c’est très bien écrit 😉

  3. Merci de ta réponse aussi rapide ! Oui j’ai réfléchis pour être fille au pair, seulement les listes d’attentes sont longues, de plus lorsque on part aussi loin c’est pour une durée minimum de an à peu près alors que j’aimerai visiter plusieurs villes et vraiment découvrir le pays, ce qui est plus ou moins impossible en étant fille au pair, on a beaucoup moins de libertés, c’est ce qui me dérange dans ce travail. Je souhaite partir seulement un an pour ensuite reprendre mes études de langues (d’où l’année sabbatique). Je penses que je vais faire du fruitpicking pour commencer ça me semble être une bonne option. Je te remercie d’avoir répondu à mes questions. Bonne continuation !

  4. Bonjour Laura,

    Tes questionnements sont tout à fait légitime et c’est même très bien de se poser ce genre de questions avant de partir pour éviter de se retrouver dans des situations difficiles une fois partie. Je t’encourage bien-sûr à tenter ta chance en Australie (je ne peux pas parler pour la Nouvelle Zélande, je n’y suis pas encore allée 😉 ). Cependant il est bon d’avoir à l’esprit que l’Australie n’est plus l’eldorado d’y il y a quelques années. Trouver un travail reste beaucoup plus simple qu’en France même sans qualification spécifique même la concurrence est assez importante. À mon sens n’avoir que le bac n’est pas un frein du tout, la plupart des australiens ne font pas d’études supérieures. Quant au niveau d’anglais, meilleur il est et le plus de chances tu as de trouver vite. Mais il est possible de trouver avec un niveau très faible, il est juste nécessaire de viser des boulots en conséquence comme fruitpicking, plonge, ménage etc… Le fruitpicking est très souvent mal payé et est harrassant, il faut le savoir. Il y a beaucoup d’exploitation des backpackers dans ce domaine. Mais on peut très vite améliorer son niveau de langue et donc prétendre à des boulots un peu mieux payé. Mais s’ il est plus tentant pour la plupart des gens de commencer par la côte est de l’Australie, sache qu’il est plus simple de trouver du travail sur la côte ouest et mieux rémunéré. Concernant les australiens, ils sont très sympathiques mais difficiles à comprendre aux premiers abords. Mais on s’ y fait rapidement. Pour ma part mon niveau d’anglais etait correct mais sans plus et j’avais du mal a m’exprimer, j’ai beaucoup appris en peu de temps. De ton côté, as-tu pensé à commencer ton voyage en fille au pair? C’est un bon moyen d’améliorer son anglais pour ensuite découvrir le pays avec plus d’aisance. Voilà, j’espère que cette repinse t’eclaireras et n’hésites pas à nous solliciter encore si besoin.

    Brunehilde

  5. bonjour, j’ai actuellement 17 ans je ferai 18 en Avril et une fois passé mon bac j’aimerai partir en Australie pour une durée d’un an (ou en Nouvelle-Zélande, moi choix n’est pas totalement arrêté), j’aimerai pouvoir en discuter avec quelqu »un qui a vécu ça ! Le travail ce trouve-t-il facilement ou tu as vraiment eu de la chance ? Je commence à peine la vie active et j’ai seulement mon BAFA est-ce suffisant ? Et enfin, quel niveau d’anglais avais-tu en partant là-bas ? Je suis partis seulement une fois dans un pays anglophone et c’était en Angleterre il y a 4ans, dans une famille où je comprenais quasiment tout, j’ai peur de pas avoir le niveau et de n’arriver à rien là-bas…

  6. Génial !!!

  7. ah enfin des nouvelles, on attendait! Ca fait plaisir!!! Au tour de Gildas maintenant de venir nous raconter ses 4 mois a Port Hedland!!!

  8. Que ca fait plaisir de vous lire! Une belle aventure!!

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