Port Hedland, la ville rouge

Port Hedland, la ville rouge

Le voyage amène toujours son lot d’imprévus, bien souvent il ne ressemble pas vraiment à ce à quoi on s’attendait. Mais en faisant une halte à Port Hedland, nous étions loin, très loin de nous attendre à vivre ce genre d’expérience en Australie. Des échos de cette ville nous en avions eu à foison, tous négatifs : ville industrielle, inintéressante et chère, où les backpackers ne font d’un bref arrêt pour faire le plein d’essence ou encore pour réparer leurs véhicules. Que ce soient de la part d’australiens ou de backpackers, on nous avait prévenus que la ville ne nous plairait pas.

Nous étions à un stade de notre voyage délicat, cela faisait à peine 3 mois que nous voyagions et notre budget était déjà à mal, faute à notre chère Baby Girl (cf. Le compagnon de route du tripatouilleur), faute au coût si élevé de la vie en Australie, faute à nos économies trop maigres…etc. Nous avions certes assez d’économies pour continuer la route quelques mois mais dans l’incomfort et la peur d’autres imprévus financiers qui nous auraient définitivement forcés à écourter notre voyage. Les histoires de backpackers qui se sont retrouvés contraints de partir plus tôt voire beaucoup plus tôt pour raisons financières nous nous les comptions plus. Il était impensable que la même chose nous arrive! C’est pourquoi malgré les mauvais échos, nous avons rejoins Port Hedland, la plus proche « grande ville » du Pilbara dans laquelle nous espérions pouvoir nous refaire une santé financière pour pouvoir continuer plus sereinement notre voyage.

Après notre fabuleuse excursion au Karijini National Park (cf. Les piscines naturelles du Karijini), nous avons pris la route pour Port Hedland à 350km de là. L’impression en arrivant fût catastrophique. Une ville au antipode de ce que nous avions vu jusqu’à présent, une ville industrielle avec ces grues qui envahissent le paysage, une ville portuaire avec ces girafes bleues du bord de mer qui empêchent même de voir l’océan, une ville en développement avec ces travaux et ses constructions incessantes de routes, de maisons et d’entreprises, une ville rouge de par sa poussière de terre qui circule partout, emportée par des centaines d’énormes camions qui importent et exportent les matières qui font vivre et prospérer ces habitants. Un tableau peu accueillant, surtout quand on vient dExmouth (cf. Merveilles des côtes de Corail) et du Karijini, les yeux encore pleins de souvenirs impérisables.

Les montagnes de mineraies et les collines de sel sont les symboles des fortunes de la ville. Ici BHP Billiton est L’Entreprise de la ville, elle emploit bon nombre des habitants, soustraite avec les autres entreprises de la ville et sponsorisent tous les évènements, les galeries d’art, les parcs municipaux…etc. La plupart des travailleurs de BHP sont millionaires, et pourtant vous pouvez nous croire on ne pourrait jamais le deviner! La tenue jaune ou orange fluo de « worker » est l’uniforme de la ville et la mode semble inexistante pour les hommes comme pour les femmes. Les seuls apparages sont les tatouages et les percings. Ici près de 60% de la population est masculine, et certains bars de la ville offre même un service par des serveuses en lingerie. Port Hedland est la ville la plus ancienne, avec une histoire de 115 ans, deux autres villes ont éclos à 15km au sud de la ville : Wedgefield, dédiée exclusivement aux entreprises et aux camps de workers et South Hedland, qui abrite des maisons toutes neuves en tolle, un grand et neuf centre commercial et l’hôpital. Si vous n’êtes pas adepte de la pêche ou du sport, vous aurez du mal à trouver une occupation intéressante à Port Hedland et ses proches environs. Mise à part le phénomène de Staircase to the Moon un fois par mois de Juin à Octobre, il n’y a pas grand chose d’intéressant à voir. Cela dit ce phénomène vaut le détour, c’est un levé de lune rousse sur la mer dont les reflets sur l’eau forme un escalier vers la lune.

Nous avons très vite appris que les salaires dans cette ville étaient les plus élevés de l’Australie, même pour les backpackers, spécialement dans le domaine du bâtiment. Nous avions donc deux options qui se présentaient à nous, la première était de trouver rapidement un travail à Port Hedland pour pouvoir finir les réparations de la voiture et mettre un peu d’argent de côté pour continuer notre voyage. Ou si nous ne trouvions pas à Port Hedland, filer à Kununurra à plus de 1500km de là en, espérant que la voiture tienne le coup, pour entammer la saison de fruitpicking qui débute en Mai. Après avoir hésités à rester plus d’une journée dans ce lieu qui nous paraissait vraiment déprimant, nous nous sommes quand même donné quelques jours pour trouver du travail. Nous sommes arrivés un dimanche, et avions prévus de se mettre en recherche le lundi.

Sans réelle motivation des deux côtés, ne souhaitant pas vraiment s’éterniser dans cette ville mais davantage se donner bonne conscience, nous nous sommes séparés et avons cherchés chacun de notre côté. Pour ma part, ma bonne étoile en ce qui concerne le travail ne m’a jamais fait défaut, cette fois-ci c’est dès la première tentative que j’ai décroché un boulot de serveuse et « barista » (cf. Barista style) qui devait commencer dès le lendemain matin. Epoustoufflé par cette chance insolente, Gildas n’en revenait pas et nous n’avions plus d’excuse pour partir de cette endroit. Il fallait désormais que nous ayons tout deux du travail! La perspective de rester sans emploi ici n’était pas envisageable comme à Exmouth, il n’y avait rien de sympa à faire à Port Hedland et pour le moment nous ne connaissions personnes. C’est donc le couteau sous la gorge que Gildas a continué à chercher du travail. Il a mis toutes les chances de son côté et est passé par le parcours du combattant pour devenir labourer (cf. Labourer in Australia). Mais au final au bout de deux semaines et demi, nous avions tout deux du travail à South Hedland.

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Décidés de rester à Port Hedland est un sacré sacrifice. Nos conditions de vie sont parfois rudes, nous sommes étrangers, nomades dans la ville, sans domicile et parfois malmenés par les rangers ou la police. Nous squattons les installations publiques (voire privées 😉 ) qui ne sont pas réellement prévues pour les backpackers contrairement à d’autres villes d’Australie. La bibliothèques est le lieu de repère des backpackers car la wifi y est gratuite, en revanche il y est impossible de brancher ses appareils électriques. La moindre petite chose du quotidien est plus compliquée ici, prendre une douche, faire la lessive, charger nos prtables…etc. Mais nous avons choisit ce mode de vie, premièrement parce que cela nous fait de sacrées économies de ne pas dormir en camping ou de prendre une colocation (chose que nous pourrons faire ailleurs en Australie), et par ailleurs car c’est surement la seule fois dans notre vie que nous avons l’occasion de vivre ce genre d’expérience. Chaque soir pour nous le même rituel s’est installé, après avoir désembaucher à la tombée du jour, nous faisons quelques courses pour le diner et le lendemain matin, ensuite nous allons clandestinement prendre une douche chaude à la station Shell où normalement les douches sont réservées aux routiers, puis nous changeons de ville pour rejoindre Pretty Pool, un parc et un accès à la plage à Port Hedland, où nous retrouvons une communauté de backpackers.

Pretty Pool et sa communauté est notre bulle d’oxygène du quotidien. De la simple camaraderie à l’amitié sincère, tous nos échanges sont simples et naturels. Tous les soirs autour du barbecues, nous nous racontons nos journées, nous nous racontons les potins de la ville, nous nous racontons nos vies d’avant…etc. Les samedis soirs sont propices à la fête, parfois autour des barbecues, parfois autour d’un feu sur la plage, ou encore dans un hangar au milieu du bush. Décompresser de cette manière est primordial pour tenir le coup. Les dimanches, pour ceux qui ne travaillent pas, c’est détente et activités artistiques à Pretty Pool : guitare, ukulélé, bolasses et bien sûr didjeridoo! Pretty Pool est un lieu de rencontre et de passage. Sur les personnes que nous avons rencontrés, certaines sont déjà reparties, d’autres nouvellement arrivées et puis il y a les survivants : ceux qui ont décidés de rester une année ou plus à Port Hedland pour un projet précis, l’achat d’une maison, une envie de longues vacances…etc. Pretty Pool est aussi le lieu de recnnaissance des backpackers et surtout des backpackers français. Il existe à Port Hedland une impresionnante communauté de français, vivants dans leurs véhicules comme nous ou ayant pris une colocation, entre eux bien-sûr. Cette concentration, loin de nous enchantés au début, nous nous y sommes fait et avons noués des liens très particuliers avec certaines personnes. Ici, les relations se créées beaucoup plus vites et beaucoup plus simplement. Se voir tous les jours, partager les mêmes doutes et incertitudes, les mêmes manques…etc accélère et exacerbes les affinités.

Port Hedland, c’est sûr restera gravé dans nos mémoires, une expérience de vie inédite, des rencontres enrichissantes, l’inoubliable aventure des Squats (cf. Squat Attitude) et nous laissera un compte en banque bien remplit au vue des salaires que nous avons. Au final, nous arrivons même à voir les points charmants de cette ville : les cieux incansdescants au crépuscule qui s’associent parfaitement à la terre rouge du sol, les australiens si bourrus mais si joviaux et avenants, même les collines de sel peuvent au levé du soleil avoir un certain charme. Dans tous les cas, notre halte à Port Hedland nous permettra de faire le tour de l’Australie sans être contraints de travailler, uniquement si cela nous chante 🙂 Et pouvoir voyager sans trop ce soucier de l’argent, ça n’a pas de prix 😉

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